mercredi 5 décembre 2012

MS-13 Chapitre 16 (Laetitia)



Chapitre 16 : MS-13

(par Laetitia – Le mercredi 5 décembre 2012)


Tous, nous faisions partie du gang de Big M.La Manna, le gros bonnet d'une branche dissidente de la Mara Salvatrucha. Tous nous avions une mission, un rôle à jouer dans cette histoire et chacun savait parfaitement ce qu'il avait à faire...

Juan-Lucás, dit le bûcheron fou, avait été le premier à répondre à l'appel du Boss. C'est lui qui avait poussé la porte dégondée de ce lieu de débauche qu'on appelait dans le milieu « la cabane ». Il était tombé sur cet endroit lors d'une expédition dans la jungle salvadorienne et il comprit de suite en quoi ce site maya, totalement recouvert par la végétation, pouvait présenter un intérêt pour son groupe. Il avait aussitôt signalé l'endroit à ces frères d'armes...

Doña Aliza quant à elle, était perpétuellement à la recherche de sensations fortes. Elle avait tout essayé en matière de drogues et de part ses qualifications de laborantine expérimentée, elle était capable de tout reproduire et de tout inventer. La création de « la fée violette », cette drogue d'une puissance jusque là jamais égalée : c'était elle!

Xoxigen et son acolite Aurelia étaient les voleurs d'âme : ils connectaient et déconnectaient les patients comme ils s'amusaient à dire...

Le rapace nocturne était tout particulièrement bavard. Il prenait un malin plaisir à réciter des vers de la Divine Comédie de Dante lorsqu'il torturait ses victimes. D'ailleurs la plaque ajoutée plus tard sur la porte de « la cabane » exhortant les visiteurs à abandonner toute espérance, c'était son idée : « Toi qui entre ici ... » Les gars trouvaient ça classe!

Euonimus, alias psico-loco, hypnotisait les patients. Il commençait toujours en les invitant à se relaxer allongés sur un divan placé dans un coin de la cabane. Leur respiration s'apaisait peu à peu, puis, toujours suivant ses directives, ils se recueillaient intérieurement. Cette séance d'introspection était indispensable d'après lui pour tout « voyage » digne de ce nom.

Java et sa soeur Ali étaient surnommés « les jumeaux scatos »... Allez comprendre pourquoi!?! Je savais juste que leur rôle était d'une importance capitale car ils étaient chargés du bon fonctionnement des équipements de brouillage informatique. Leur cousin Tippi était le technicien du groupe. Les jumeaux le surnommaient Lucilia Caesar à cause de son étrange passion pour les mouches noires, vertes, dorées, bleues, à merde... Les mouches quoi! Il avait l'habitude de déposer délicatement les larves de ses douces amies sur le cadavre de ceux qui... Enfin, bref. En tous cas, à eux trois, ils avaient sauvés la peau du groupe plus d'une fois!

Le nom de code de Mateo, El Teniente, lui venait de ses rapports étroits avec les poulets... Fallait le voir quand il descendait en ville! Le temps que ça lui prenait de se préparer! Darklulu pouvait mettre jusqu'à deux heures pour lui camoufler tous les tatouages du visage! Un vrai travail de pro! C'est pas pour rien qu'on l'avait rebaptisé ainsi : il cachait le côté obscur des membres du gang sous d'épaisses couches de maquillage et leur offrait ainsi quelques heures de répit, une autre vie quoi! El Teniente pouvait alors se rendre incognito au commissariat et faire ce qu'il avait à faire tranquillement, au nez et à la barbe des flics qui ne marchaient pas dans notre combine! Il se payait parfois même le luxe d'aller saluer sa famille. Puis il revenait tranquillement à « la cabane ».

Lanto était la digne descendante des guérisseurs de la famille Onirina : elle avait en effet hérité des pouvoirs de ses aïeux pré-colombiens. Je l'avais déjà vu à plusieurs reprises rescuciter des patients qui tournaient de l'oeil en leur faisant avaler une mystérieuse mixture composée d'herbes poussant dans la jungle aux alentours de « la cabane »... Dans le groupe, tout le monde la traitait avec le plus grand respect, tel un sage. On disait qu'elle régénérait les morts... Elle travaillait en étroite collaboration avec Guillermo, alias Le Guide. De nombreux membres du milieu le craignait celui-là car sa réputation de sorcier très puissant le précédait où qu'il aille. Gare à vous s'il vous jettait le mauvais oeil!

Alicia était la plus terre à terre d'entre nous tous. Elle était d'une logique implacable et trouvait toujours une solution rapide et efficace aux problèmes des autres. En plus, c'était une organisatrice hors paire! Elle se retrouva donc très rapidement à s'occuper des commandes. Elle gérait aussi les stocks et avec une main de fer! Veillant à ce que personne ne se serve, ce qui représentait un véritable défi...

Oui, nous avions tous un rôle à jouer dans cette histoire et l'heure avait sonné pour moi d'entrer dans la danse...


* * *


Nous n'utilisons que 10% de notre cerveau.

Partant de cet affligeant constat médical, Lanto et Guillermo orientèrent les recherches de doña Aliza, l'une lui conseillant une plante plutôt qu'une autre, l'autre lui glissant à l'oreille quelques formules magiques dont le secret fut préservé par plusieurs générations de prêtes, d'abord Toltèques, puis mayas. Enfin, leurs descendants perpétuèrent secrètement ces ancestrales traditions et la culture indienne, loin de disparaître, se transmis oralement de père en fils et arriva donc jusqu'à lui, ici et maintenant.

La scientifique les écouta avec une moue moqueuse et fit preuve d'un effort surhumain pour ne pas les envoyer balader. Elle avait eu connaissance comme tout un chacun de cette croyance erronée selon laquelle l'être humain n'utilisait qu'une infime partie de sa capacité cérébrale, mais il ne s'agissait que d'un mythe dont l'origine remontait aux années 30. Elle n'avait clairement pas de temps à perdre avec ces conneries! C'était bon pour impressionner les patients ce genre de choses! Pas plus!


L'opération « fée violette » aurait donc coupé court sans l'intervention de Big M.La Manna qui comprit instantanément les bénéfices que pouvait tirer le groupe d'une telle invention, sans parler des répercussions économiques bien sûr! Avec tous ces touristes en mal de sensation forte... Tous plus fous les uns que les autres... Et prêts à dépenser des fortunes pour ressentir le doux frisson de leur dernière création : « La hada morada » en espagnol. Il lui semblait évident que cette drogue d'un nouveau genre allait lui permettre de toucher une clientèle bien plus vaste et surtout... bien plus riche!

L'organisation était simple... La police se chargeait de rabattre les clients intéressés vers le site : tous ces jeunes touristes fortunés en mal d'expérience forte qui venaient au Salvador passer quelques jours de vacances dans l'esprit « No-Limit » et se retrouvaient au poste pour tapage, ébriété sur la voie publique, bagarre et j'en passe. A leur arrivée, Euonimus les prenaient en main : il les préparait à sa façon... Puis c'était au tour du voleur d'âme numéro 1 d'entrer en piste : Xoxigen connectaient les patients entre eux pendant que doña Aliza leur injectait ce qu'il fallait pour que le voyage commence dans les plus brefs délais. En ce qui concerne le reste de l'équipe, il intervenait en cas de problème... Mais bon, j'en ai déjà trop dit! Secret professionnel!

Au milieu de cette machine bien huilée, il y a moi : Amapola. Je suis « la marchande de sable » du groupe. Ma mission consiste en effet à veiller sur le sommeil des patients on va dire... Et franchement, l'opération « fée violette » de cet après-midi, je ne la sens pas trop. Non, je n'ai vraiment pas la conscience tranquille. Dès le départ, j'avais ce goût de sel dans la bouche qui n'annonçait rien de bon....
Je devais puiser dans mes réserves et utiliser les 90% restants...


* * *



« Les lâches payent toujours le prix fort. Il est l'heure. »

Les patients de cet après-midi étaient tout particulièrement agités, surtout « la madre » et c'était bien ça le problème! Le maître du jeu, un certain Etienne ne faisait que de se tortiller sur sa paillasse. A croire qu'il avait des punaises dans le... Il appelait à l'aide et criait sans cesse : « Je ne sais pas, je ne sais plus! » Ou bien il pleurnichait comme une gonzesse : « Je veux me réveiller! »... Au début ça me faisait doucement rigoler : tous les mêmes! Ils viennent là faire les malins, puis dès que ça commence à chauffer un peu, ils appellent maman à la rescousse. Tous des lâches!

Ah ça, ils en avaient une bonne mine de vainqueurs lorsqu'ils sont descendus de leur jeep : ils auraient carrément dû venir avec un car comme les touristes, surtout qu'il y en avait une dans le lot qui se baladait avec une pellicule autour du cou. Non, mais elle comptait prendre des photos ou quoi? Quelle bande de guignols! A ça pour sûr, ils allaient payer le prix fort! Ouais, ils n'allaient pas être déçus du voyage ceux-là!

Le corps d'Etienne se tendait de plus en plus et il avait les pupilles sacrément dilatées. Doña Aliza s'était bien lâchée sur ce coup-là! Elle avait même peut-être eu la main un peu lourde cette fois-ci! Faudrait lui dire d'y aller mollo sur sa prochaine préparation! Par acquis de conscience, je m'approchais du gars et lui prenais le pouls histoire de voir où on en était : il était tout froid, sa respiration ralentissait de façon dramatique, les battements de son cœur étaient très faibles et assez irréguliers et son visage d'une pâleur effroyable contrastait avec ses lèvres... bleues...

Bordel s'il continuait à faire le con comme ça, il allait entraîner tout le groupe dans une hallucination collective fatale!! C'est alors que je remarquais le ventre rebondie de la fille à la pellicule; non mais me dites pas qu'elle est enceinte celle-là!?! On n'a pas idée non plus de goûter à « la fée violette » dans son état! Ses pupilles à elle aussi ressemblaient à deux œufs au plat, puis ses yeux se révulsèrent brusquement! A peine eus-je le temps de pressentir qu'elle allait me claquer dans les doigts que mon regard fut attiré par son ventre qui était secoué d'ondulations effrayantes!! Mais putain, c'est Shining ici?

Il fallait à tout prix éviter qu'un patient meurt en plein voyage dans « La Cabane », il en allait de la réputation et de la fiabilité du groupe! Complètement paniquée, je décidais de mettre un point final à cette histoire de fou. Je n'avais pas vraiment le choix : il fallait faire vite! Je savais qu'un seul homme était capable de nous sortir d'une situation aussi désespérée!

Prenant mon courage à deux mains, je décidais d'appeler à l'aide celui qu'on nomme Sadique-dandy...


- « Allô? Professeur Vianey? »

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